Centenaire Caudron 2009 en Baie de Somme

en souvenir de Gaston & René

René Fonck

René Fonck est l’As des as français et Alliés de la Première Guerre mondiale avec 75 victoires dans les Communiqués officiels d’armée.

 
En tant que pilote d’observation, le 6 août 1916, aux commandes d’un Caudron G4, il force un avion de reconnaissance Rumpler C-I allemand à atterrir derrière les lignes alliées. Après cet exploit, déjà titulaire d’autres victoires, il est muté au Groupe de combat 12 ou « Groupe des cigognes », plus précisément à l’Escadrille 103. ll ne fut pas rare qu’il abatte plusieurs avions en une journée, jusqu’à six le 9 mai puis à nouveau le 26 septembre 1918. Selon les dires de l’aviateur Maurice Boyau, lui aussi As de la grande guerre avec 35 victoires dans les Communiqués, Fonck ne sera pourtant jamais touché par le feu adverse:

« Fonck dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Ce n’est pas un homme, c’est un oiseau de proie. Là-haut, il sent l’ennemi, il en distingue nettement à 8 ou 10km sans être vu. Il choisit sa proie. Quelques balles suffisent, il n’y a jamais eu de riposte. » Ltt Maurice Boyau[1] (1888 – 1918)

En tant que pilote de chasse, il met peu à peu au point une technique de combat qui consistera essentiellement à surprendre l’adversaire, lui porter un coup décisif au plus près et avec un minimum de munitions, et se soustraire à sa riposte. Plus précisément, Fonck n’hésite pas à viser le pilote ennemi plutôt que son avion, ce qui conduisait, en cas de tir réussi, à la perte irréversible de l’appareil. Sa forme physique, entretenue par une bonne hygiène de vie, lui permet de supporter facilement les contraintes des longs vols en altitude et le stress du combat. Il n’aura de cesse de professer sa méthode et de former de jeunes pilotes. A ses premiers vols de chasseur solitaire, il privilégiera ensuite des dispositifs aériens avec ses camarades, dans lesquels il se taille la part du lion. Ses avions, SPAD VII, SPAD XIII et SPAD XII-canon seront toujours l’objet de tous ses soins et de ceux de ses mécaniciens, par une mise au point minutieuse et la mise en place d’améliorations techniques astucieuses (systèmes optiques, amélioration de la ventilation du moteur…).

René Fonck termine la guerre avec tous les honneurs, arborant une croix de guerre 1914-1918 enrichie de 28 palmes et d’une étoile, la plus « chargée » à ce jour, ainsi que de nombreuses décorations étrangères. De plus, et surtout, son palmarès de pilote de chasse est stupéfiant.

Afin d’obtenir confirmation pour une victoire aérienne, il fallait pour un aviateur Français avoir le témoignage de trois personnes indépendantes (ce qui excluait bien entendu les membres de sa propre escadrille), le type d’appareil ennemi ainsi que le lieu, la date et l’heure du combat. Aussi, c’est peu de dire qu’un pilote victorieux ne recevait pas automatiquement confirmation pour sa victoire, sans parler du fait que les combats avaient le plus souvent lieu au-delà du front d’armée Allemand, ce qui rendait la présence de témoins éventuels encore plus improbable. Toutes les victoires déclarées avaient une existence officielle, cependant, seules celles pouvant soutenir la procédure de confirmation faisaient l’objet d’une inscription dans les Communiqués militaires; les autres étant considérées comme « probables derrières les lignes Allemandes »[2] Ce mode de fonctionnement drastique donna lieu parfois à une grande disparité entre le nombre de victoires inscrites aux Communiqués, et le nombres de victoires déclarées par les combattants. René Fonck reçut confirmation pour 75 de ses victoires déclarées, ce qui fut plus qu’aucun autre pilote ce chasse Français (et Allié bien que toute comparaison entre les palmarès soit fantaisiste puisque résultants de procédures d’homologation différentes). Le nombre de ses autres victoires diffère selon les sources avec toutefois un point commun, l’importance de celui-ci.

La dernière citation de Fonck fait état de 75 victoires confirmées ainsi que 69 autres, ce qui ferait un total de 144. Dans une lettre adressée par Marie-Anne Fonck, à Jean-Paul Belmondo à la sortie du film « L’As des As », la fille de l’aviateur indique que son père pensait avoir obtenu 127 succès, soit 52 victoires en plus de celles ayant été confirmées mais en réduisant le chiffre mentionné dans sa dernière citation. Quoiqu’il en soit, l’un comme l’autre fait de lui le très probable As des As de la grande guerre toutes nations confondues, et cela de très loin. En effet, pour ne citer que lui, le célèbre Baron Manfred von Richthofen, communément considéré comme l’As des As de la première guerre mondiale par le jeu hasardeux des comparaisons de palmarès, reçut confirmation des autorités militaires Allemandes pour 80 de ses 83 victoires déclarées

Terminant la guerre avec le grade de Lieutenant, René Fonck fut le porte-drapeau de l’aviation française lors du défilé de la victoire le 14 juillet 1919.
 L’entre-deux-guerres
La politique lui tend les bras comme à son camarade Alfred Heurteaux : il représente les Vosges comme député au sein de la Chambre Bleu Horizon sous les couleurs de l’Alliance démocratique de 1919 à 1924, rédige ses mémoires intitulés Mes combats, et ses vues sur l’aviation militaire et civile sont synthétisées dans l’ouvrage L’aviation et la sécurité française. L’état-major de l’armée de l’air fait également appel à ses compétences en 1935 pour rédiger une étude de l’état de l’aviation de chasse, des méthodes d’apprentissage et des améliorations qu’il envisagerait d’y apporter. A cette occasion, Le Commandant Fonck met sur pied son concept d’ »avion cavalier », aéronef rapide et bien armé, destiné à l’assaut terrestre.

Envoyé officiellement en mission sur plusieurs continents (Afrique du nord, Amérique latine, Europe centrale, États-Unis), il rejoint en 1925 un projet américain de traversée de l’Atlantique en avion. Faisant équipe avec l’ingénieur Igor Sikorsky, il prend les commandes d’un bimoteur, le S-35, pour lequel il a demandé nombre d’améliorations dont la principale est l’ajout d’un moteur. Après divers entraînements, l’équipage Fonck-Curtin-Clavier-Islamoff fait péniblement décoller le trimoteur le 21 septembre 1926. Un mauvais largage du train annexe, un terrain inégal, une charge exceptionnelle de carburant et l’avion s’écrase au décollage tuant deux membres de l’équipage. Avant qu’il ne puisse retenter la traversée sur le S-37, Lindbergh avait réalisé l’exploit et empoché le prix Orteig de 25 000$.
 Sous l’Occupation

Colonel d’aviation et ancien combattant, l’As des as, fidèle à la figure historique du « Vainqueur de Verdun », et aussi parce que le Maréchal Pétain était favorable au rôle de l’aviation, entre sans fonction officielle au service du gouvernement. Toutefois, Pierre Laval aurait annoncé aux Allemands que le Colonel Fonck avait rassemblé « une escadrille de 200 pilotes », se tenant prête à attaquer la Grande Bretagne (aucune archive allemande ne le confirme). De fait très opposé à Pierre Laval, il reste « les yeux et les oreilles » de Pétain chez les Allemands, auprès desquels il a gardé ses entrées. Finalement désavoué par le Maréchal, il prend peu à peu ses distances avec Vichy. Toutefois, au mois d’août 1942, le magazine américain Life publie une liste de « traîtres » français à éliminer après la victoire des Alliés. René Fonck y figure en compagnie de Sacha Guitry et de Maurice Chevalier, parmi d’autres. Certains lui reprochent également d’avoir signé la préface d’un livre de 1941 intitulé Le sabotage de notre aviation, cause principale de notre défaite, dans lequel André Maroselli dénonce les atermoiements politiques et choix critiquables qui, selon lui, ont conduit à la défaite. Fonck déclare dans sa préface, saluant la mémoire des aviateurs français tués dans la bataille de France : «Ce qui fait défaut à la France, ce ne sont pas les aviateurs intrépides et valeureux, mais le matériel moderne dont nos aviateurs avaient besoin pour lutter et pour vaincre.»

 

 

Devenu également suspect aux yeux des Allemands par ses interventions au profit de résistants et son opposition à Laval, Fonck n’en sera pas moins arrêté en septembre 1944, interné à la Santé et – sur l’intervention d’Edgard Pisani – libéré seulement à la fin de l’année, sans charge à son encontre. Il a également bénéficié d’un « certificat de participation » à la Résistance, signé le 28 septembre 1948 par le Commandant Sautereau, chef du réseau Rafale, avec la mention : « Monsieur Fonck, René, membre sans uniforme des forces françaises combattantes, a participé en territoire occupé par l’ennemi, aux glorieux combats pour la libération de la patrie ». Ses actions précises, ses relations avec l’Allemagne et ses projets sont encore le sujet de recherches historiques. Il a ensuite voulu rendre compte de cette période à travers un ouvrage, inédit à ce jour : À l’ombre des étoiles.

Retiré de toute vie publique après la Libération, il se consacre à la gestion de son entreprise vosgienne « France Engrais » et meurt à 59 ans, le 18 juin 1953, à son domicile parisien de la rue du Cirque. Il était l’époux d’Irène Brillant, sociétaire de la Comédie-Française, et père de deux enfants, Edmond et Anne-Marie.

Il est inhumé le 23 juin 1953 dans le cimetière communal de Saulcy-sur-Meurthe, son village natal, en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires.

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